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Animer les hommes et les entreprises

La force tranquille de la prudence

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La prudence, est sans doute la vertu cardinale la plus décriée aujourd’hui. Associée à la notion de précaution et souvent opposée à l’audace, elle est devenue synonyme d’inaction, de frilosité voire de lâcheté. La mère « prudence » n’a couramment rien de protectrice et ressemble davantage à une empêcheuse de tourner en rond. Il est rare que nous louions les qualités d’un dirigeant en disant de lui « c’est un homme prudent ».

Pourtant, la prudence, du latin procul videns (qui voit loin) et pro videns (qui anticipe), est et reste une vertu essentielle du dirigeant. Car qu’est-il sinon celui qui dit ou fait émerger l’avenir pour son entreprise ? Difficile d’y parvenir pour celui qui s’agite au gré des variations du marché ou des actionnaires.

Puisqu’il faut défendre la prudence, redonnons-lui ses lettres de noblesse ou rendons lui ce qui lui revient :

La prudence ne s’oppose pas à l’action mais la rend possible en préservant l’intérêt général. Elle conduit au discernement, guide d’une décision juste. Pour ce faire, elle doit se fonder sur ce qui est bon pour l’être humain (et pas seulement pour moi).

Ainsi agir avec prudence nécessite d’approfondir des questions essentielles telles que :

  • Comment ma décision engage l’avenir de l’entreprise/des hommes ?
  • Est-ce que mon intérêt immédiat, s’il est privilégié, va produire des effets bénéfiques (ou pas) dans le long terme ?
  • Est-ce que mon analyse de la situation est suffisamment solide pour justifier la décision que je vais prendre ?

Ensuite, la prudence est acceptation du réel : je dois confronter ma vision à la réalité du marché, de ma situation, des atouts et faiblesses de mon entreprise pour y parvenir. Cela ne signifie pas que je prenne zéro risque, mais que je le mesure et le contrôle autant que possible. Une attitude qui déplait sans doute dans un monde où la volonté et le pouvoir fascinent.

La prudence s’inscrit dans le temps : or dans un monde complexe et très rythmé, il peut devenir un ennemi. Souvent les dirigeants ont le sentiment de ne pas avoir assez de temps : les concurrents ne leur en laissent pas et même s’ils en avaient, qu’en feraient-ils dans un monde dont la lecture est de plus en plus difficile ? Ainsi on fait de la rapidité, un facteur de performance, au détriment de la prise de recul. Car la prudence nous conduit à un défi de taille : (re)trouver la capacité à réfléchir par soi-même et par là même guider et non se laisser guider…

Faut-il renouer avec la prudence alors que notre époque nous invite continuellement à l’innovation et à la prise de risque associée ? Nous répondons « oui » à cette question, parce que nous n’y opposons pas cette vertu. Innover c’est préserver l’avenir dans l’intérêt conjugué de l’entreprise et de ses collaborateurs, et donc faire preuve de prudence ! Celui qui sait percevoir la fin de son modèle économique ou du cycle de vie de son produit fait preuve de prudence en engageant des investissements sur de nouveaux marchés ou sur de la recherche et développement. L’imprudent, lui, reste centré sur lui et sur sa vision, sans prendre le temps d’observer son marché et son organisation. A ce titre, il est intéressant d’observer que les entreprises qui ont le mieux surmonté la crise de 2009 sont celles qui ont fait preuve de davantage de prudence : il s’agit des entreprises familiales qui ont réinvesti un grande partie de leurs bénéfices dans leur outil de production plutôt que dans le versement de dividendes à des actionnaires.

Ce qui nous fait dire : prudence, mère de pérennité.

Et de se conforter en cela au travers de la citation d’Aristote : « il en est qui sont pleins d’audace avant le péril et qui se retirent ensuite. Les forts font précisément le contraire »…

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Une réflexion sur “La force tranquille de la prudence

  1. Cette valorisation de la prudence est bienvenue. Je vous rejoins bien sur ce point, car elle est souvent comparée avec de la couardise. Savoir ne rien décider est extrêmement difficile: on préfère agir dans l’inconnu pour que l’on ne nous reproche surtout pas une quelconque passivité: « on ne pouvait pas ne rien faire »…. que de fois ne l’a-t-on pas entendu…

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